Histoire du moulin

On peut distinguer les débuts de son histoire sous Louis XV, puisqu’il figure sur la carte de Cassini demandée par le souverain.

Sa trace est ensuite retrouvée à une époque extrêmement troublée: La Révolution française.

La nuit du 4 août 1789, les privilèges sont abolis; le moulin est alors déclaré bien national.

Il est rapporté que le chef de la chouannerie bretonne, Cadoudal en personne, y aurait passé une nuit, en 1795.  Rappelez-vous; sous la révolution les meuniers faisaient figure de riches, puisqu’ils avaient ce qui manquait à Paris: le pain. Ils furent persécutés à l’égal de tant d’autres, et prirent dans l’ouest, le parti des royalistes contre les bleus. Leurs moulins servirent de refuge, de cache, la position des ailes indiquant aux chouans la position des bleus…

Peut-être d’ailleurs l’expression « moulin à paroles » vient-elle de là ?


Quoiqu’il en soit, notre moulin pourrait revendiquer aujourd’hui le titre de symbole de la Chouannerie en Bretagne. En tout cas, l’incertitude qui enveloppe cette fameuse nuit passée par Cadoudal au moulin de Kervoyal a fait tourner les imaginations et une légende est née, y faisant référence.

Figure de proue de l’histoire…  et figure de proue de la terre; Car le moulin était amer maritime.

Sur la tour, côté embouchure de la Vilaine, il y a une grande plaque qui était blanchie comme une voile, du temps où elle parlait aux marins.

Le meunier n’avait rien à envier aux navigateurs dans la connaissance et l’utilisation des vents à son service.
Pour ne plus avoir à réduire la toile sous un grain, en grimpant dans les ailes comme un marin dans les enfléchures, on inventa au début du siècle un système qui permit d’effectuer des manœuvres  de l’intérieur du moulin; Ainsi furent conçues de nouvelles ailes, constituées de lattes de bois, articulées et amovibles, autorisant à en moduler la surface.

A Kervoyal, leur envergure imposa de rehausser la tour. On raconte que la tour avait déjà été remontée une première fois, car les ailes entoilées qui rasaient le sol, avaient emporté une femme par ses jupes.


Le moulin, qui dominait le paysage servait d’autant mieux de baromètre aux cultivateurs, qui, de leurs champs, recevaient les messages ailés… Toujours ce moulin à paroles…


Ou à chanson ; parce que le fameux tic-tac des moulins à vent était produit par les engrenages en bois. Le meunier en avait toujours à l’oreille le rythme. Une accélération signifiait que les meules tournaient trop vite. Et le déploiement des ailes s’ajustait -automatiquement – sur celui du vent. L’accélération du tic-tac, c’était le grain à broyer qui diminuait et non le vent qui forcissait.


Jusqu’au jour où l’essor industriel, accompagné des minoteries, a stigmatisé la meunerie à vent :

« La meule ne fait qu’une mauvaise mouture, qui ne peut convenir qu’aux animaux » décrète-on en haut lieu, en 1953.

A Kervoyal, afin de ne plus payer la patente, les ailes sont démontées en 1963. 

Pendant deux ans le moulin continue de « tourner » avec un moteur.

Mais les vents ne le reconnaissent plus, et en décembre 1979, au cours d’une tempête, le décapitent.